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Au fil de Tanis
textes Philippe Brissaud
photographies : Pierre-Jérôme Jehel
32 pages, format 22 x 13 cm à l'italienne
Ce
livret propose une promenade évocatrice à travers le site de Tanis.
Il s’agit ici de donner à voir le lieu, tout en faisant percevoir
le sens et la réalité du travail archéologique. Une série d'image
est traversée par un mot ou une expression qui est développé
à la fin du livret
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L'agglomération de Tanis, installée
sur une branche du delta du Nil, commença probablement à se développer
à la fin de la XXème dynastie, au crépuscule du Nouvel Empire (vers
1100 av. J.C). Ce site fait l’objet de fouilles archéologiques depuis
le XIXe siècle. A partir de 1929, le travail de l’archéologue français
Pierre Montet, qui l’amena à découvrir les tombes de plusieurs pharaons
des XXIe et XXIIe dynasties, fut particulièrement marquant. La fouille
poursuivie par Jean Yoyotte, puis Philippe Brissaud a conduit à interpréter
Tanis comme une “Thèbes du Nord”, réplique conçue à l'image de la
capitale de Haute-Égypte.
En quête Le site émerge progressivement
des brumes matinales. De même l'archéologue doit se détacher d'une
rêverie originelle pour comprendre les traces laissées par l'histoire
des hommes.
L'archéologue est un sculpteur Le développement d'une
fouille modifie l'aspect d'un site de façon parfois provisoire, mais
l'acte archéologique est le plus souvent irrémédiable. Il engage son
auteur, qui laisse derrière lui un terrain marqué pour des décennies.
Déplacer Malgré le développement de méthodes de prospection
fondées sur des technologies modernes, le déplacement des déblais
produits par la fouille est une activité fondamentale. Les tas de
radim, terme arabe désignant les terres remuées, constituent souvent
un encombrement fastidieux, mais ils fournissent parfois le matériau
nécessaire à l'édification de digues pour maîtriser les eaux de ruissellement.
Pour découvrir Les monuments découverts peuvent apparaître
dès la surface du sol, ou bien être enfouis sous plusieurs mètres
de terrains, constitués eux-mêmes de couches diverses et des reliques
d'autres monuments. Ces empilements colossaux peuvent former une colline
appelée tell. À Tanis, l'épaisseur maximale dépasse 30 mètres.
Au-delà du temps L'univers produit par la recherche
est très insaisissable malgré le poids de la réalité, de la chaleur,
de la poussière, de la pluie et du vent. À chaque campagne de fouille,
la longue histoire du temple d'Amon se précise et s'échappe à la fois
comme dans le jeu qui réunit souvent au soleil couchant le renard
et le chien dans une poursuite sans point final.
La pierre et le tesson Dans les décombres des villes
d'Égypte, la pierre est beaucoup moins présente que le tesson de poterie,
qui se rencontre en masses souvent étourdissantes, reflet de l'importance
de l'usage de la poterie dans un pays où le bois est naturellement
rare.
Niveau et stratigraphie Dans la fouille d'une ville,
les découvertes de textes sont rares, voire exceptionnelles. Il faut
donc construire la vision du passé à l'aide des différents objets
récoltés, entiers ou, le plus généralement, fragmentaires, des restes
de constructions découverts, et de l'analyse des couches de terrain
qui les renferment, dont la superposition, la juxtaposition ou l'imbrication
traduisent les rapports chronologiques ou fonctionnels qui les unissent
ou les séparent.
L'avenir de l'homme et le passé Dans l'ensemble du Proche-Orient,
les missions archéologiques travaillent avec des collaborateurs locaux
qui sont exclusivement des hommes. Dans l'Est du Delta du Nil, et
à Tanis en particulier, les jeunes filles participent aux fouilles
depuis le XIXe siècle. Elles sont numériquement majoritaires au sein
de l'équipe, et donnent des couleurs irremplaçables au déroulement
du chantier.
Puzzle et inventaire Le passage des siècles et les dévastations
des hommes ont ravagé les monuments et dispersé les objets. Les archéologues
doivent réunir toutes les informations possibles en les identifiant
clairement, afin d'éviter les confusions et les incertitudes de provenance.
Tâches scientifiques obligées qui peuvent sembler les transformer
en greffiers des poubelles du temps.
MAG. LAP. Les magasins, terme traditionnellement employé
pour désigner les réserves archéologiques installées sur le terrain,
sont les lieux de stockage de tous les objets découverts, " remontés
du site ", pour y être étudiés et mis à l'abri. Le nombre élevé des
fragments lapidaires conservés n'exprime pas une vérité fondamentale
: la majeure part des constructions de l'Egypte antique était bâtie
en brique crue.
La vie continue Tanis n'est plus. San el-Hagar s'est
développée à l'Ouest du tell depuis la fin du XVIIIe siècle. La vieille
cité n'est plus habitée en permanence que par quelques agents de l'Etat
qui régulent les flux humains qui atteignent désormais les lieux,
les groupes scolaires débordants d'énergie, les touristes égyptiens
et étrangers, ainsi que les archéologues et leurs collaborateurs.
La partie égyptienne de l'équipe est constituée de personnes dont
beaucoup ont un père, une grand-mère, ou un autre grand-parent qui
ont déjà travaillé sur les fouilles. Cette histoire parallèle a tissé
des liens rares.
Accès La route goudronnée et l'automobile permettent
désormais d'accéder aisément aux ruines de la capitale pharaonique.
Mais les envoûtements les plus intenses ne se révèlent qu'au fil d'une
longue intimité.