une exposition en deux séries autour du paysage :

Paysages Mythologiques et Feux d’Irlande

photographies,  projections,
Pierre-Jérôme Jehel

Centre culturel Jean Vilar
44 allée des Épines
78160 Marly-le-Roi / www.ccjeanvilar.fr // http://www.photographie.com

Exposition présentée du 13 novembre au 18 décembre 2009
du mardi au vendredi de 14 h à 19 h et le samedi de 14 h à 18 h.

Soirée du 27 novembre à 20h 30

- Rencontre avec Pierre-Jérôme Jehel, « des images de paysages ? »
Projection et présentation des images « Paysages mythologiques » et « feux d’Irlande »
- « Paysages et mythologie à travers le Voyage de Saint Brendan » par
Simone Videau (professeur de lettre classique, coauteur De l'Antiquité au Moyen Age. Continuités et ruptures. Ed. Ellipses. décembre 2009)
- "La chaussée des géants : un lieu marqué par la entre nature et  culture", par Charles Le Coeur (professeur de Géographie, Université Sorbonne Paris 1)
 - « Paysages géographiques », Corinne Feïss, (Maitre de Conférence en géographie, École Pratique des Hautes études)

à propos de ces photographies, un texte de Bernard Plossu

Lorsque l’on voyage, que cherche-t-on ?

Un dépaysement, certes, mais finalement, ne s’agit il pas de bien plus que cela ?
Il n’est pas question seulement de lieux différents, mais aussi certainement de tout ce que ces pays visités racontent du passé de notre histoire, donc du présent ainsi chargé.
Il arrive même que le présent soit peut-être déjà le passé : cette sensation m’avait sauté aux yeux sur les boulevards périphériques de la ville de Mexico, et là dans ce béton si lourd et gris, je pensais que un jour peut-être beaucoup plus tard, des anthropologues pourtant bien sûrs d’eux, y verraient de possibles chemins de prières.
Lorsque l’on est dans un lieu ancien, comme à Chaco Canyon où vivaient les Indiens
Anasazis, ou au Nemrud Dag loin en Turquie, ou encore dans un château du moyen-âge en ruine dans notre pays, donc un lieu pas si éloigné dans le temps, ce n’est pas seulement la vision qui nous parle, c’est aussi le souvenir, les traces, et, pourquoi pas, le surnaturel qui y régnait ....
Ce sentiment de lieu habité, de lieu où il s’est passé des choses fortes, c’est cela qui émane des photographies de Pierre-Jérôme Jehel. Même si il trompe son monde, car la couleur est souvent au premier abord attirante en photographie, ses images vont bien au-delà des apparences.
Nous voila avec lui en pleine nature, forêts, prés, falaises, fougères, monts, montagnes même, îles, beaucoup d’îles, donc un monde d’odeurs, de climat avec brouillard, soleil discret du Nord, nuages qui bougent sûrement vite poussés par des forces inouïes, brûme marine, mais aussi sur des terres, je serais presque tenté de dire, mystiques.
Les photographies de nature de ce parcours irlandais de Jehel sont des “paysages mythologiques”, ainsi qu’il intitule cet ensemble. Certes. On y entend parler de voyage de sept ans, de fille de pharaon, de pèlerins, de navigateurs, d’hommes-foudre, de druide, de déesse et d’oiseau mythique. La nature et tout son monde magique, que l’on sent dans les fougères où l’invisible rôde bien sûr ....
Et c’est cela qui ma parlé dans les photographies de P-J Jehel. Elles débordent du réel apparent et elles savent, allez savoir pourquoi et comment, et d’ailleurs le sait-on jamais en photographie, montrer ce qui est invisible ....
Il y a de l’enfance dans un tel plaisir visuel, de la peur de l’inconnu, du surnaturel, d’un oiseau magique qui sait ou vous êtes et qui vous voit de là haut, roi du ciel ... !
L’Irlande, un pays que je ne connais pas: et dans ces images je retrouve les paysages, avec la pluie et le vert de l’herbe en plus, du Nouveau Mexique, des déserts même, et je sais que ce n’est pas un hasard, car Jehel les connait aussi dans ses autres voyages !
Je retrouve des moments étranges où on se demande ce qui se passe exactement dans le paysage où on est, un peu comme le jeune étudiant qui essaye de comprendre ce que Don Juan veut lui expliquer, le mystère dans le territoire du temps, la magie dans les rochers, les présences invisibles, dans les livres de Castaneda ...
Évidemment dans les images de falaises, de pierres sur des plages sauvages, on entend les bruits des Drakkars du grand Nord, on croit en voir arriver un ... dans la brume extraordinairement épaisse !
Tout comme on croit voir une ombre d’indien Apache en Arizona, dans les rochers où se  cachaient Cochise et ses Chiricahuas, là, dans ce pays de serpents à sonnettes ....
Et du coup les voyages irlandais de Jehel nous font voyager dans la géographie d’un pays superbe, mais aussi dans le temps lointain, dans les sons du passé, dans les mythes de l’histoire cosmique, loin loin dans l‘inconnu ancien !
Et déjà pourtant, au réveil, quand nous replongeons dans nos machines à tout faire, nous sommes hallucinairement dans le monde des grattes-ciels et de la pollution qui ne savent pas qu’ils provoquent ainsi les forces merveilleuses de la nature.

Bernard Plossu, avril 2009.

 

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