Rentrant des courses, par cette après midi tardive qui précède l'ennui dominical, mon seul bras valide accroché à un sac rempli de mauvaises bières et de saucisses molles, je croise malgré moi, sur le trottoir mouillé, un de ces jeunes couples qui vient sans doûte d'enménager, et respire encore l'innocence et la fadeur de ces adultes pubères, occupant leurs week-ends, à chiner chez castorama. C'est dans ces 26 mètres carrés, que leur à loué un agent verreux, à l'affut de ces nouveaux couples, qui légitiment leur amour en jouant à la dinette - avec de la vaisselle chinoise trouvée en solde dans une brocante de banlieue, un de ces week-end merdique où l'ennui s'occupe méthodiquement... que leur amour a trouvé place. Lui, vétue d'un large pantalon de toile américaine à la juste couleur militaire; elle, en midinette charmante et gentille, se coiffe d'une courte robe au large décolté, qui plonge dans l'inapétance des victimes de la mode. Sous le crachin d'un mois d'Août qui avoue son échec, ils rentrent d'une éprouvante mais néanmoins nécessaire excursion du BHV. Encombré de sacs et de pots de fleurs en plastique, le jeune homme trahi son émotion par ces gouttes de sueur amoureuse qui perlent à ces tempes rougissantes. La fatigue, moins que la gène se lit sur son visage, mais la grâce et la légerté de son amie le contraint à soutenir ce regard attentif et complaisant du devoir accompli. Ils sont beaux, ils sont jeunes; pour un peu touchant; mais à l'abord de ma porte cochère, la souris, d'une voix flûte, lache comme une bombe un de ces: " Je vais acheter du melon pour ce soir. " Des images en cascades se dégraffent de ma mémoire et viennent se briser par centaines. Je rentre de plus belle, dans le hall vert bouteille de mon immeuble, à jamais anéanti par cette image idylique d'un piètre repas, ou l'impuissance et la futilité se retrouvent au coin de la table pour découper en deux un melon fade et jamais assez mûr. L'appartement est grand en fermant les yeux. La fenêtre ouverte et l'oreille attentive, j'amènne le brouaaa des embouteillages de l'avenue d'Italie jusques à mon lit. Mes tympans se dressent tel un chien curieux qui guette l'arrivée de son maître, et poussant plus loin que le périphérique, j'aperçois la marée montante de mes délires marins. Sous la douche, l'eau claire est portée au savon. La bulle, épaisse, imite; la bise absente, le phare éteint, je contemple les cheveux au bac, ma paire de 44. J'approche une serviette éponge... moisissure de tissus bleu et râle de chaussette éprouvées sont les compagnons de mon ivresse saline, passée sous le méridien électrique de ma salle de bain.

Nicolas Wilmouth