Un cri
L'écho résonne dans l'immense alcôve voûtée. Quelques gargouillis humides répondent à l'appel qui pourtant s'efface rapidement dans l'ombre. La voix poursuit alors plus loin dans l'immense désert d'un lac asséché. Le vent soulève une bouffée de sable poussiéreux, laissant quelques instants en suspension le nuage volatile qui se dépose sur quelques végétaux squelettiques. Le son du cri s'étouffe sèchement sur la surface matte du sol. Sans attendre, la voix s'exclame aux abords du bois, dont les effluves d'un humus détrempé, déjà nous enivre. Vibration répercutée entre les arbres, réfléchie par les feuilles, effleurée par les brindilles, sans aucune consistance. Aucun retour si ce n'est un craquement lointain d'un branchage abasourdi de pourriture. Plus loin, l'appel se projette vers un océan horizontal aux couleurs vert d'eau. La surface vitreuse, à peine fripée par un souffle tiède d'averse tropicale, reste de marbre. L'immense infini semble stopper à quelques mètres. Ainsi de suite face au spectacle de l'avalanche de rochers, aux bourgeonnants nuages perdus dans un azur irréel, à l'incommensurable chantier d'une éruption chaotique.
Qui est là quelque part pour répondre à ce cri de nulle part ?
P-J.