La poste centrale;

vitres et béton d'entre deux guerres, style année trente, art déco sans doute. D'en haut de l'escalier, une cloche, qui semble être de la même époque, m'ouvre la porte en me saluant d' un "Monsieur" , maladroitement dissimulé derrière son vent tannique. Sa main, tel un gant fané, s'accroche à la poignée de bronze lustré de la porte d'entrée...Agent d'accueil et photocopieuse en panne semblent entretenir une étroite collaboration, ce en quoi je ne m'autorise qu'au plaisir risqué du carnet de dix timbres au distributeur automatique, celui-là jaune, couleur "la poste", qui semble d'autant plus désolé de par sa vétusté, qu'il est le seul en état de marche. Un vieillard au caddy chargé moins que l'haleine de mon portier, sollicite alors la bienveillance de l'agent d'accueil, en s'attachant à lui décrire le contenu de sa hotte à roulette. Celui-ci feignant la surprise moins que l'ennui ou la gène de son réveil brutal signifie son intérêt par un léger hochement de tête pour acquiescer aux dires de l'octogénaire, qui, après avoir appâter son homme par la description minutieuse de ses achats, en profite pour lui glisser insidieusement à l'oreille le menu du soir : une omelette aux pommes de terre, pour Madame ... ! Mon carnet de dix timbres ne tardant pas à venir, je m'empresse de le récupérer afin d'affréter mon pli d'une vingtaine de grammes, et de bénéficier de la dernière levée pour la province, préférant l'urgence de ma correspondance au fromage ou dessert des mes aïeux.

Nicolas Wilmouth