métro Kleber
Le métro arrive à Kléber sans frémir; là, où la halte soudaine et répétitive de ce long taxi prend le temps de prendre à son bord, quatres ou cinq clients potentiels s'en allant vaquer à d'hypothétiques labeurs administratifs, dans les hautes sphères du KGB mondain. Ces crapules au blason rapiécé montent avec un vague à l'âme, proche de l'ennui à dix huit trous, non sans laisser épancher de leur trois pièces une mélancolie Bon Marché, tel un spleen en souvenance d'une première classe déchue par la force de l'inappétence bourgeoise et de l'abandon de cette catégorie qui peine à faire semblant d'aller travailler. Souvent debout, jamais assis, laissant le siège et les vieux chewing-gums à d'autres touristes. Ceux là même, dans la position la plus humaine, sinon stupide d'aller scruter par la fenêtre les monuments aux morts...deux japonaises averties, venues coller leurs huit jours de congés annuels sur un vieux strapontin du métropolitain. Deux poupées blanches à la sombre perruque. Sœurs de l'avenue Montaigne, siamoises en carte Américaine, à peine sortie d'un fast-food, d'un Parthénon ou d'un Zara, guignant vers l'érection Parisienne d'un phallus rouillé, elles se complimentent du bout des lèvres, les paquets sur les genoux, le regard en coin. Charles de Gaulles Etoile, mes silencieuses icônes se rajustent à l'annonce de la station ; les femmes et les enfants d'abord, l'une d'elle laisse échapper un regard furtif en ma direction, dans le branle bas des banquettes à ressorts. Bleue anthracite, noire et lazuli, sa lentille est un diable à mon épice et son pedigree un leurre à tous novices. Flash et quicksnap enroués, je sors de la rame, saoulé par la vague artifice et le tsunami de son klein d'œil. L'arc de triomphe écarte les bras.....
Nicolas Wilmouth