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Depuis plusieurs années maintenant, Pierre-Jérôme Jehel et Pierre Salivas se rendent en Équateur, dans le " village" shuar de Taruka, à la lisière de la Colombie, en pleine forêt amazonienne. Si la démarche ethnologique est bien présente dans ce projet, puisque Pierre Salivas mène un travail d'ethnomusicologue, ce sont bien des liens d'amitié qui progressivement se sont tissés avec cette communauté d'indiens que l'on connaît mieux ici sous le nom de Jivaro. Leur approche tente donc à la fois de mieux comprendre un Autre, dont l'image a été fortement " ensauvagée " par notre imaginaire, et de faire partager cette rencontre à la fois extraordinaire mais finalement bien peu exotique avec ces gens d'Amazonie, puisque le terme "shuar" signifie "les gens". Dans ces portraits, les habitants de Taruka ont pris le temps de s'arrêter quelques instants. Ils sont venu poser avec calme et sérieux, pleinement conscients que ces images d'eux-mêmes seraient vues par beaucoup et pourraient traverser les frontières. C'est souvent avec gravité que chacun s'est présenté dans ce face à face avec la chambre photographique, laissant paraître des visages concentrés et des regards pensifs. Cet ensemble de portraits fut réalisé sur film polaroid, ainsi, les premiers destinataires furent les shuar de Taruka eux-mêmes, qui après chaque prise de vue, recevaient leur portrait. L'autre approche concerne la musique, et à travers ce " monde sonore", la mythologie . Étudier la "musique" shuar, révèle peu à peu une pensée structurée qui déborde souvent du strict cadre de ce que nous nommons "musique". Contes peuplés de spectres ragoûtants, danses chantées, récits de vie, chants magiques, scansions accompagnées de hochet du chamane, rituels nocturnes où toute la communauté danse pour faire fermenter de la bière, ... C'est cette extraordinaire diversité que l'on tente peu à peu de décrypter. S'il n'existe pas de terme en shuar équivalent de notre " musique ", la coupure est très nette entre le parlé, chicham, et le chanté. Il faut aussi distinguer deux grandes familles de chants : les plus abondants sont de la sorte des nampet, ce qui signifie à la fois " chanter " ou " boire de la bière pour chanter ", les autres, nommés anent - penser, aimer, se souvenir -, constituent des messages sonores qui ont une action sur le "cours des choses". D'autres catégories sonores, vouées exclusivement à des rituels précis, sont très valorisée et jalousement gardés: les ujaj (" avertir "), chantés en choeur par les femmes lorsque les hommes sont en expédition de meurtre, ou les chants de l'uwishin, le chamane. L'Association
Anent Shuar qu'ils ont crée en 1993, a produit
un disque distribué aujourd'hui par Buda Records dans la collection 'Music
of the World' , ainsi que de nombreuses expositions. Elle a d'autre part permis
la création d'un collège bilingue (shuar / espagnol) sur place. |
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